Aujourd'hui il pleut, l'automne approche avec le vent et le froid.
Alors, je dois te parler toi, mon maître qui m'a abandonné
sur une route de campagne.

Tu es venu me chercher à la SPCA au mois de juin.
J'avais à peine un an et j'étais tout heureux de continuer à vivre.
Tu m'as amené chez toi dans ton luxueux appartement.
Je me disais, enfin, je vais être aimé, dorloté, choyé et bien nourri.

Le soir même tu m'as fait dormir sur le balcon. Je me suis dit :
"Il a peur que je ne sois pas propre, il prend des précautions !"
Je ne m'en faisais pas trop pour cela... Le lendemain,
tu m'as nourri, puis mis dans une cage et fait monter en auto.
J'avais espoir que ma vie s'améliorait.
Ton épouse parlait sans cesse et moi je n'écoutais pas.
Je regardais le paysage de la campagne que je voyais pour la première fois.
Vois-tu je suis né dans une ruelle et c'est là que j'ai vécu
jusqu'à ce que quelqu'un m'amène à la SPCA.

Quand nous sommes arrivés à ta maison de campagne,
mon coeur était rempli de joie.
Je croyais que, enfin, j'allais faire partie de la famille,
que tu allais me faire entrer dans la maison et me dorloter,
mais tu m'as dit : "Le Chat tu restes à l'extérieur."

Je ne comprenais pas pourquoi tu faisais cela.
J'étais propre, je n'aurais pas sali ta maison.
Moi qui étais si heureux d'avoir enfin une famille,
j'ai compris quelques jours plus tard que tu m'avais adopté
pour que je puisse te débarrasser des petites bestioles
qu'il y avait sur ton beau terrain.
J'ai passé l'été à l'extérieur,
me cachant sous le balcon quand il pleuvait.



Septembre arriva, là j'avais encore de l'espoir. Je me suis dit :
"Il va m'amener dans son luxueux appartement et s'occuper enfin de moi. "
Encore là je m'étais trompé, nous avons quitté la maison
de campagne et sur une route peu fréquentée, tu as ouvert
la portière de l'auto et tu m'as jeté sur le bas côté de la route.
Tu as redémarré sans te retourner pour voir si j'étais blessé ou pas !
J'ai compris alors que tu m'abandonnais là en pleine campagne loin de tout.
Moi un chat de la ville, je ne savais pas où me diriger
dans ce grand espace qui m'étais complètement inconnu.


Nous sommes en novembre, je suis blessé à une patte, j'ai de la difficulté à marcher.
Je ne peux plus chasser, je me sens mal. Il fait très froid, il a neigé toute la journée.
Je sais que bientôt je vais mourir, car l'infection me gagne.
Pourquoi mon maître ne m'as-tu pas aimé ? Pourquoi ne m'as-tu pas donné un nom ?
Tu m'as toujours appelé "Le Chat" tu aurais pu au moins m'en choisir un?
Je ne demandais qu'un peu d'amour, un peu d'affection
puisque j'en avais été privé depuis ma naissance.
Je t'aurais aimé mon maître, j'aurais été un gentil compagnon pour toi.
J'aurais pu être ton confident, ton ami, tu aurais eu ma fidélité jusqu'à ma mort,
mais tu n'as pas voulu de tout ce que j'avais à t'offrir.


Toi mon maître ce soir, tu es dans ton luxueux appartement
et moi je me meurs en dessous d'un arbre.
Pourquoi m'as-tu abandonné ? Pourquoi n'as-tu pas voulu de mon affection ?
Mon cœur bat de plus en plus lentement et je regrette maintenant
que tu m’aies adopté, car si tu ne l'avais pas fait ce soir
je ne souffrirais plus puisque je serais décédé depuis le mois de juin.
Si tu ne voulais plus de moi, pourquoi m'avoir abandonné sur cette route ?
Pourquoi ne m'as-tu pas rapporté à la SPCA ?
Il m’aurait euthanasié et mes souffrances seraient enfin terminées...


Je me sens de plus en plus faible, mon cœur ne bat presque plus.
Je n'ai pas mangé depuis des jours, je suis affamé
et je me meurs mon maître. Je regarde une dernière fois le ciel,
la neige qui tombe encore. C'est magnifique ce que je vois
et j'aurais voulu voir cela avec toi mon maître, mais tu m'as abandonné.
Je ferme les yeux, ma tête appuyée sur la neige, un dernier miaulement,
un dernier cri de souffrance et mon cœur cesse de battre.
Adieu mon maître que j'aurais aimé si tu avais voulu...