Une chatte peut avoir jusqu’à quatre portées par an et elle doit éduquer tous ses chatons. Il est donc facile d’en déduire que son comportement maternel est exceptionnel. En effet, la mère inculque un nombre très important de notions à ses petits en très peu de temps, et ces notions influeront sur le comportement de ces futurs chats adultes toute leur vie.





La nourrice


La chatte passe 90% de son temps auprès de ses chatons durant la 1e semaine et se sépare graduellement d’eux pour ne passer plus que 5% de son temps avec ses petits à leur de 12e semaine de vie. Pourquoi passer tant de temps avec ses chatons au début? Tout simplement parce qu’un chaton de quelques semaines ne peut pas survivre sans sa mère. Pour mieux comprendre à quel point le petit a besoin de cette dernière, on pourrait comparer un chaton nouveau-né à un bébé humain qui naît prématurément à sept mois. Durant les premiers jours, les chatons ne font que dormir et téter. La mère en profite pour lécher ses petits afin de stimuler leur métabolisme. Elle les lèchera également afin de les imprégner de l’odeur familiale, qui servira à identifier les membres de la famille. Lorsqu’il commence à boire le lait maternel, le chaton pétrit le ventre de sa mère pour stimuler la sortie de lait et, comme il ne peut pas encore communiquer en miaulant, il signifiera à sa mère que tout va bien et qu’il est rassasié en ronronnant. Il s’agit d’un moment de bien-être et de plaisir qui sert également à apaiser le chaton. Devenu adulte, le chat continuera à utiliser le pétrissage pour s’apaiser et se relaxer, mais sur un oreiller, une couverture ou le ventre de son « humain de compagnie » plutôt que sur le ventre de sa mère.


La protectrice


Les chatons en bas âge sont plus courageux si maman est présente et, au contraire, deviendront craintifs s’ils se trouvent hors de la vue de celle-ci. Ils se mettront alors à miauler pour qu’elle vienne les secourir. La chatte est très sensible à ses miaulements et n’hésitera pas à se mette en danger pour secourir un petit qui se serait trop éloigné. Pour leur sécurité, une mère déplacera son nid et ses chatons une ou deux fois entre leur naissance et leur 14e semaine, lorsqu’ils vivent dans la nature. Ce comportement est beaucoup moins fréquent si la chatte est en sécurité dans une maison. Souvent le déplacement se fera vers la quatrième semaine, mais si elle se sent en danger, elle pourrait déplacer sa portée plusieurs fois par jour. Elle transporte ses chatons en les saisissant avec sa gueule par la peau du cou. Ceux-ci devront alors s’immobiliser et se laisser faire. Un chaton qui ne s’immobilise pas a une lacune éducative importante.





L’éducatrice


L’influence de la mère sur le comportement futur de ses chatons est primordiale. En fait, pour avoir une idée du comportement d’un chaton lorsqu’il sera adulte, observez le comportement de sa mère. Par exemple, si la mère est craintive et n’aime pas la compagnie des humains, il y a de fortes chances pour qu’elle communique cette peur à ses chatons. La mère enseigne plusieurs comportements à ses petites. Le plus important est celui du contrôle émotionnel. Par exemple, lorsqu’il joue, il arrive fréquemment qu’un chaton devienne surexcité, qu’il perde le contrôle et morde ses sœurs et frères un peu plus fort ou même saute sur sa mère, qui participe souvent aux jeux. Elle pourra utiliser l’agression disciplinaire pour apprendre au chaton qu’il est allé trop loin et qu’il doit se contrôler. Elle le fera en le plaquant au sol ou en lui donnant des coups de patte sur le nez. D’autres fois, elle utilisera l’agression éducative en se couchant sur le côté pour saisir son chaton par le cou avec ses pattes avant de lui « labourer » le ventre avec ses pattes arrières.

Les agressions


Si vous êtes témoin d’une agression disciplinaire ou éducative, vous pourriez penser que la mère est sévère avec son petit et que l’agression est un peu trop forte. Pourtant, ces méthodes disciplinaires sont essentielles à l’apprentissage du contrôle émotionnel. Cette éducation commence vers la 4e semaine et se poursuit jusqu’à la 12e ou 14e semaine. Voilà pourquoi il ne faut pas retirer un chaton à sa mère avant cet âge. Si un petit est séparé de sa mère vers l’âge de huit semaines, comme c’est trop souvent le cas, la mère ne peut pas lui enseigner le contrôle de ses émotions. Les gens adoptent alors un chaton qui est peut-être mignon, mais qui présentera fort probablement, en vieillissant, de sérieux problèmes de comportement liés à une anxiété ou à une hyperactivité que l’animal n’a pas appris à contrôler.

Les agressions disciplinaires et éducatives de la mère sont toujours suivies par une récupération sous forme de léchage ou de « gestes » d’apaisement. Lorsque la mère agresse ses petits pour les éduquer, elle ne fait pas que les punir; elle joue avec eux et les aide à explorer leur environnement. Aucun humain ne peut se substituer à la mère sur ce plan. Toute forme d’agression disciplinaire ou éducative tentée par l’humain sera perçue par le chaton comme une agression, ce qui ne contribuera qu’à augmenter son degré d’anxiété et sa crainte de l’humain.

L’agression de sevrage, quant à elle, est souvent administrée par la mère sous forme de coups de pattes sur le nez lorsque l’allaitement commence à être douloureux à cause des dents de ses chatons. Cette agression oblige les petits à cesser de téter pour se nourrir eux-mêmes, mais aussi à se trouver une autre façon de se réconforter et de s’apaiser. Un chaton qui est séparé trop tôt de sa mère, et n’a donc pas vécu l’agression de sevrage, pourrait ne jamais cesser de vouloir téter pour s’apaiser. Adulte, il se met alors à téter toutes sortes de matériaux.

Vient ensuite l’agression de détachement, qui fait en sorte que le chaton apprend à se débrouiller seul dans la vie. Cette éducation peut prendre jusqu’à quatre mois pour être réussie et permettre au chaton d’apprendre à vivre en solitaire. S’il est séparé trop tôt de sa mère, il n’apprendra jamais à vivre par lui-même et pourrait développer des problèmes d’hyper attachement envers ses maîtres. Par conséquent, il risque de vivre de l’anxiété de séparation, ce qui provoque des problèmes d’élimination inappropriée sur le lit ou le divan, là où l’odeur sécuritaire des maîtres est la plus présente. C’est une cascade de problèmes qui mène souvent à l’euthanasie ou à l’abandon d’un chat, ce qui aurait pu être évité s’il était resté avec sa mère jusqu’à l’âge de trois mois au minimum.

Il faut cependant toujours se rappeler que si la mère n’a elle-même jamais bénéficié d’une bonne éducation, elle ne pourra jamais faire un travail parfait avec ses chatons. Son expérience et le fait de vivre avec d’autres chattes peut également influencer grandement sa façon de faire avec ses petits.



Le rôle de l’humain


Le chat est un animal solitaire. L’apprentissage de la socialisation n’est donc pas aussi facile à inculquer au chat qu’au chien. La socialisation des chatons doit se faire en bas âge. Voici comment on peut appuyer le processus :

  • Caresser délicatement le ventre de la mère enceinte fera en sorte que ses chatons seront plus dociles.

  • Une fois né, plus le chaton vivra des expériences plaisantes avec plusieurs types d’individus, plus il sera sociable. Cela peut être un chien, un homme, une femme, un enfant, etc..

  • Le chaton doit rencontrer de 5 à 7 types d’individus différents pour lui permettre de généraliser une espèce. Par exemple, il doit rencontrer de 5 à 7 types de chiens différents pour reconnaître n’importe qu’elle sorte de chien lorsqu’il en verra un.

  • Durant la période d’imprégnation sensible, entre la deuxième et la neuvième semaine, il faut s’assurer que l’environnement soit le plus riche possible, que le chaton vive le plus grand nombre d’expériences positives possible tout en évitant les expériences traumatisantes. Un chaton qui grandit dans un milieu stérile et un peu trop calme deviendra un chaton anxieux lorsqu’il sera adopté et changé de milieu, car il n’aura pas été désensibilisé à un nombre suffisant de situations.

  • Il ne faut pas non plus que le chaton grandisse dans un environnement trop stressant, car il pourrait développer des peurs permanentes liées à des situations banales.
    Source: Magazine Animal