On compte aujourd’hui plus de 100 millions de chats domestiques dans le monde, dont la majorité n’a pas de pedigree. Le hasard des croisements a permis une immense diversité de la population féline.

Jusqu’à la fin du X1Xe, les chats domestiques étaient appréciés pour leurs talents de chasseurs de rongeurs, et peu importait leur apparence. Mais depuis l’émergence des pedigrees la beauté et le caractère sont devenus des critères prépondérants. Pourtant, tous les amoureux des chats le savent : un chat sans pedigree heureux en bonne santé, dans la force de l’âge, peut être aussi somptueux d’apparence et de manières qu’un chat de race.

On lui donne différents noms : chat de ruelle, chat de gouttière, chat croisé, errant ou encore chat bâtard. Les européens l’appellent, chat européen! D’autres pays le nomment chat commun. Qu’importe son nom, il représente plus de 95% de la population féline appartenant à l’espèce de felis silvestris catus, autrement dit, notre bon mieux minou domestique.

Pour le commun des mortels, le terme « chat domestique » désigne sans distinction tous les chats domestiqués par l’homme, qu’ils aient un pedigree ou non. Toutefois, dans le milieu des associations félines, le terme chat domestique désigne précisément un chat sans pedigree, par opposition au chat de race.

Donc, à moins que vous ne fassiez partie des 5% de la population québécoise qui possède un chat de race, il y a de fortes chances que vous soyez le propriétaire d’un chat domestique, tout simplement. Mais qu’est-ce qui définit le chat domestique? Y a-t-il vraiment des différences comportementales entre celui-ci et les chats de race?

Les caractéristiques physiques


Poils courts et carrure moyenne
Parce que le gène déterminant les poils courts est dominant, la plupart des chats sans pedigree ont les poils courts. La majorité d’entre eux présente une carrure moyenne, typique des American Shorthairs et British Shorthairs : ni minces comme les Siamois, ni lourds comme les Persans ou les Maine Coons. Dans les pays chauds, les chats sans pedigree ont néanmoins tendance à être plus fins, alors que dans les pays tempérés, ils sont plus trapus. Les têtes anguleuses et les masques (parties foncées sur la face) sont rares, mais peuvent apparaître si l’un des parents proches possède des gènes de Siamois ou de Persan.


Robes et couleurs variées
Bien qu’ils diffèrent moins entre eux que les chats de race en ce qui concerne le poil et la corpulence, les chats sans pedigree présentent toutes les variétés de motifs et de couleurs de robe imaginables. Beaucoup sont tabby (rayures foncées sur pelage clair), ce qui se rapproche le plus de la robe de l’ancêtre des chats. Le motif tabby d’origine est tigré, mais le tabby marbré est le plus commun. Le plus rare est le tabby moucheté, qui fait aujourd’hui l’objet d’un élevage sélectif pour de nouvelles lignées (comme l’Ocicat.) Les pelages uniformes sont également nombreux : noirs, blanc, roux et bleu. La coloration rousse est portée par le chromosome X. Les chatons mâles portant toujours les couleurs de la mère, il y a donc à peu près deux fois plus de mâles roux que de femelles. À l’inverse, le motif calico ou écaille-de-tortue orange et noir n’est possible que pour les femelles (avec de rares exceptions pour les mâles stériles). Le blanc est fréquent chez les chats sans pedigree, seul ou combiné avec d’autres couleurs uniformes ou tabby. On trouve rarement des extrémités sombres de style Siamois, mais cela peut arriver.


La personnalité


Un prédateur apprivoisé
Qui dit croisements aléatoires dit infinie variété de morphologies, mais aussi de tempéraments. Pourtant, les traits de caractères des poils courts sans pedigree les rendent universellement appréciés. Le chat commun est un formidable compagnon et aime être intégré à une famille, tout en conservant une certaine indépendance. Il peut s’adapter à une existence d’intérieur mais profitera de toute liberté offerte : il demeure, ne l’oublions pas, un prédateur, et même bien nourri, il persistera à ramener ses trophées à la maison.


Un corps ramassé :
Sous leur robe, les persans sont de gros chats, solides et équilibrés, à la tête massive, proportionnée à leur corps compact. Les yeux espacés sont grands et ronds, et ressortent bien sur la face aplatie. Mis à part les persans blancs, qui ont les yeux cuivrés ou orange foncé. Les persans argentés, tels que les chinchillas argentés, ont souvent les yeux verts.


Une vitalité naturelle
Le chat sans pedigree possède une vitalité qu’il doit à son caractère hybride : en effet, la sélection naturelle ne garde que les individus les plus résistants. Ceux-ci présentent donc une concentration plus faible de gènes indésirables (l’un des problèmes de l’élevage sélectif, voir : les chats avec pedigree ) Bien soigné, le chat commun est robuste, intelligent, joueur, et il a fière allure. Nécessitant peu d’entretien, il sera un compagnon fidèle mais autonome de la famille.


Où est la différence?


La plupart des associations sérieuses estiment qu’on doit pouvoir suivre l’arbre généalogique d’un chat sur quatre générations ou plus de parents et grands-parents tous certifiées de la même race pour qu’il soit considéré comme étant de race. Donc, dès qu’un animal est issu d’un croisement entre deux chats de races différents, ce dernier ne sera plus considéré comme étant de race pure. Ceci étant dit, certains chats de race sont exceptionnellement issus d’un croisement entre deux races. Par exemple, les ragdolls seraient le résultat d’un croisement entre un persan et un chat d’une autre race. Mais il aura fallu bien des années avant qu’on reconnaisse le ragdoll comme étant une race à part entière. De nos jours, les éleveurs responsables se font un devoir de protéger l’intégrité d’une race de ne pas faire de croisement. De ce fait, les tentatives de croisement pour créer de nouvelles races sont souvent vouées à l’échec et sont aussi très mal vues des professionnels du milieu félin. Si vous accouplez un abyssin avec un persan, et nul ne peut prédire à quoi ressembleront les chatons de la première portée. Plus encore, les petits d’un autre couple semblable (abyssin et persan) n’auront probablement pas les mêmes caractéristiques que ceux de la première portée.



Et le mien?


L’une des questions qu’on me pose le plus souvent est celle-ci : « Pouvez-vous me dire de quel race est mon chat? » Si vous vous posez la question, c’est probablement parce que vous n’avez pas un chat de race. Si vous ne l’avez pas acheté à un éleveur, il y a très peu de chance pour que vous ayez trouvé un chat de race errant ou abandonné, dans une animalerie ou un refuge. La raison est simple : les gens qui font l’acquisition d’un chat de race qui vaut plusieurs centaines de dollars ne le laisseront probablement pas sortir dehors. Bien entendu, les exceptions existent et quelques-uns d’entre eux se retrouvent, à l’occasion, dans les différents refuges et parfois même dans les ruelles.

Alors, comment faire pour savoir si votre minou recueilli à l’extérieur est un chat de race? Et bien, si on ne connaît pas l’origine de l’animal, il est très difficile de déterminer sa race. Un chat sans pedigree peut ressembler à s’y méprendre à un chat de race sans toutefois en être un. Le plus courant, ici au Québec, est le main coon. Plusieurs chats à poil long et ayant une grosse queue touffue ressemblent à ce magnifique chat de race. Or, certaines des caractéristiques du main coon manquent souvent à son cousin domestique, telles que les petits poils (tips) au bout des oreilles, la queue bien fournie presque aussi longue que le corps et surtout, chez les mâles, la grandeur. Si votre félin ne possède pas toutes ces caractéristiques, c’est un chat domestique qui a peut-être eu un ancêtre main coon dans son arbre généalogique il y a de cela plusieurs générations. Nous appellerons alors simplement ce petit félin un domestique à poil long.



La différence est-elle dans la couleur?


Mais alors, qu’est-ce qui définit réellement le chat domestique? Justement, la principale caractéristique de ces chats est qu’ils n’ont aucune caractéristique propre! Ils sont de toutes couleurs, formes et grandeurs. Beaucoup ont un pelage tabby marbré (rayé avec un rond à la hanche) ou mackerl (rayé à la verticale). Si vous possédez un chat domestique avec des « taches » qui le font ressembler à un léopard, dites-vous que vous avez un spécimen assez rare. Tous ces chats vont avoir la fameuse marque en forme de M sur le font. Plusieurs disent que celle-ci est une caractéristique du chat domestique, alors que bien des races pures ont également cette fameuse lettre ornant leur front. Il y a de plus en plus une multitude de chats bicolores. En vérité, la majorité des chats noirs sont eux aussi bicolores. Cherchez bien et vous trouverez une petite tache de blanc cachée quelque part. Si vous n’en trouvez aucune, et bien votre chat est un de ceux, assez rares, qu’on dit de couleur solide ou unicolore, souvent plus présente chez le chat de race que chez le chat domestique. De plus, beaucoup de chats de race ont des point de coloration (extrémités des membres plus foncées), comme le siamois. Puis viennent les couleurs particulières comme celles du calico (roux et noir de différentes nuances). Si vous êtes propriétaire d’un de ces félins, je parie que c’est une femelle! Je risque peu de me tromper : 1 mâle pour 3000 femelles porte leurs couleurs distinctives. Pour les chats roux (ou orangés), c’est l’inverse : 20% d’entre eux sont des femelles. Malheureusement, toutes ces belles explications ne définissent pas encore le chat domestique, car on retrouve les mêmes couleurs chez le chat de race.



La différence est-elle dans le comportement?


Alors, si la couleur ne définit pas le chat domestique, peut-être trouverons-nous quelque chose dans son caractère et son comportement! Il est déjà relativement difficile de définir le caractère d’un chat d’une race particulière. Contrairement aux chiens, les chats ne font eux l’objet de sélection artificielle (élevage fait par l’homme) que depuis très peu de temps. Or il faut sélectionner un comportement particulier pendant plusieurs générations pour que celui-ci commence à resurgir dans une race. Comme le chat n’a pas vraiment été instrumentalisé par l’homme pour l’assister dans des tâches spécifiques, comme c’est le cas du chien, les différences de caractère entre les races sont souvent plus discrètes que le chien. S’il est difficile de faire ressortir le comportement d’un chat de race, vous pouvez imaginer que le comportement d’un chat croisé et recroisé ne peut certainement pas être défini. En fait, s’il y a une chose qu’on peut dire du chat domestique, c’est que chaque individu a son caractère et ses comportements propres à lui.


La différence est-elle dans le caractère amical?


Le chat domestique ne serait-il pas par contre plus amical et plus câlin que le chat de race? Une étude publiée dans le journal of Veterinary Behavior en 2012 aurait en fait démontré tout le contraire. On a demandé à des propriétaires de chat de race et de chats domestique d’évaluer le caractère amical et câlin de leur chat. Des 14 races évaluées, le sphynx est arrivé en première place, alors que le bon vieux chat domestique est arrivé… dernier! Mais ne sautons pas aux conclusions trop rapidement. Une des explications à de tels résultats peut se trouver dans la taille restreinte de l’échantillonnage de l’étude (129) individus)

De plus, il faut savoir que la majorité des éleveurs laissent les chatons avec leur mère dans leur éducation, un meilleur contrôle émotionnel et le développement de la sociabilité. La plupart des gens qui adoptent un chat de race seront également mieux informés, plus responsables et généralement plus attentifs aux soins à lui prodiguer, car il leur aura coûté une somme considérable. Vous avez là la bonne recette pour que les propriétaires de chats de race développent une excellente chimie avec leur animal. En comparaison, le bon vieux chat domestique arrive souvent par hasard dans nos maisons, avec des problèmes qui nous sont inconnus. On pourra même, involontairement, provoquer des rappels de ses traumatismes, nuisant ainsi à la relation homme-animal. En réaction, le chat préférera souvent faire sa petite affaire, et nous le respecterons ainsi, car c’est la vison que nous avons du chat domestique : indépendant, il vient chercher ce dont il a besoin quand cela lui fait plaisir. Ajoutez à cela le fait que les chatons domestiques sont souvent adoptés trop jeunes et donc séparés trop tôt de leur mère, et les résultats de cette étude ne sont finalement plus si surprenants… bref, si un chat domestique commence sa vie avec les mêmes chances qu’un chat de race, il est plus que probable qu’il fera un petit compagnon tout aussi merveilleux.

En vérité… Si vous avez un chat et lisez ce magazine, vous êtes probablement de ceux qui aiment leur bon vieux chat domestique, comme s’il avait été payé à prix d’or. À vos yeux, nul doute qu’il est le meilleur chat du monde, peu importe d’où il vient! Mon expérience personnelle prouve que les chats errants ou issus de parents errants auront souvent un caractère jovial et amical, simplement parce qu’ils apprennent très vite que leur survie en dépend. Après tout, n’es-ce pas en ayant appris à être câlin et gentil qu’ils parviennent à gagner notre cœur et à s’installer chez nous?

Au bout du compte, le chat domestique pourrait probablement être considéré comme une race à part entière. D’ailleurs, nombre d’associations félines ont créé une catégorie de compétition juste pour eux, aux cotés des chats de race. Je prends donc mon courage à deux mains et dis que, selon moi, le chat domestique est l’une des races les plus belles qui existe, car elle renferme une plus grande diversité de couleurs, de formes et de caractères qu’aucune autre race. Profitez donc de vos moments passés en compagnie de votre chat « de race domestique pure »!


Source : Magazine Animal











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