Les allergies : voilà un sujet que les vétérinaires maîtrisent parfaitement, et pour cause : une récente étude réalisée par l’Académie de médecine vétérinaire du Québec révèle que 20% des vétérinaires travaillant avec les petits animaux sont allergiques aux chats, 11% aux chiens, 4% aux chevaux et 2% aux lapins!

Dans notre belle province on compte plus de deux millions de chats et de chiens. Malheureusement, la présence d’un animal domestique au sein du foyer peut être la source de manifestations allergiques pouvant toucher le nez (rhinite), les bronches (asthme) ou encore la peau (eczéma). Saviez-vous que l’Organisation mondiale de la santé considère la désensibilisation comme le seul traitement efficace et durable?



Ce qui cause vraiment les allergies


Les allergies aux animaux sont de plus en plus fréquentes. Cela pourrait s’expliquer par le fait que nos fidèles compagnons à poils sont aujourd’hui plus souvent confinés dans des logements urbains que par le passé. Il semble aussi que le terrain allergique, c’est-à-dire la faculté de développer des maladies allergiques, se transmette génétiquement. Quand un parent a des allergies, selon que ce soit le père ou la mère, l’enfant court de 30 à 50% de risques d’en souffrir aussi. Si les deux parents sont allergiques, les risques de transmission augmentent à 60 ou 80%. L’allergie peut se déclarer tardivement, de six mois à quatre ans après l’arrivée d’un animal à la maison. En outre, même si on est amené à se séparer de ce dernier, les symptômes peuvent persister jusqu’à deux ans après son départ.

Nous savons depuis longtemps que les allergies aux félins sont occasionnées non pas par les poils des bêtes mais par différentes glycoprotéines présentes dans leur salive, leurs lames, leur urine, leurs glandes sébacées, leurs glandes anales et les squames (pellicules) qu’elles laissent sur leur chemin. La principale glycoprotéine est la Fel d1 : plus de 80% des gens allergiques ont des antigènes qui cherchent à contrer cette molécule. Il est à noter que le chat excrète aussi d’autre glycoprotéines, comme la Fel d2 et la Fel d4.

Les allergies aux chiens sont moins fréquentes et moins spectaculaires que celles causées par les chats, car la glycoprotéine qu’ils produisent, la Can f1 provoque une réaction moins importante de la part des antigènes humains. C’est aussi ce qui explique qu’une personne puisse être allergique aux chats sans l’être aux chiens.

Même si le poil n’est pas la cause de l’allergie, il n’en reste pas moins un réservoir et un mode de transmission important des composés allergènes, en particulier en ce qui concerne le chat, qui se lèche beaucoup. La réaction allergique peut donc être causée par un contact direct avec l’animal ou par un contact direct ou indirect avec l’allergène, qui peut se trouver sur les canapés, les lits, les divans ou qui peut être transporté, par exemple, sur les vêtements par l’intermédiaire des poils. De plus, l’allergène peut être présent dans l’environnement pendant plus de six mois, même en l’absence de l’animal.

Qu’est-ce qu’une allergie?


L’allergie, aussi appelée hypersensibilité, est une réaction inappropriée du système immunitaire à des substances étrangères qui devraient, normalement, ¸être tolérées, explique le Dr Perrin. Les cellules responsables des manifestations allergiques (les allergènes du chat, par exemple) se lient au IgE comme des clefs se faufilent dans les serrures. Le résultat est comme l’ouverture d’une multitude de portes libérant des tas de substances, comme l’histamine, responsable des éternuements, du grattage et de la toux.

Bien que les symptômes d’allergies puissent sembler évidents, il est préférable qu’un médecin pose un diagnostic. Celui-ci est généralement établi par un allergologue ou par un immunologue. Selon de Dr Perrin, le moyen le plus fiable et le plus simple est la pratique de tests cutanés sur le bras ou dans le dos de la personne malade. Des extraits concentrés d’allergènes de chat, par exemple, sont déposés sur un bout de peau légèrement abîmés pour mettre ces allergènes en contact avec les mastocytes cutanés. Si la personne est sensible aux allergènes, la peau rougit et démange. Les tests cutanés constituent une méthode simple et indolore, et la réaction apparaît généralement de 10 à 15 minutes après l’introduction d’un allergène sur la peau. On a, cependant, remarqué que la réactivité cutanée peut être diminuée dans le cas des enfants de moins de cinq ans et des personnes âgées. La lecture quasi instantanée des tests permet de réduire le temps de décision nécessaire pour mettre en place un traitement efficace, ce qui est important si le patient souffre d’une allergie sévère.

Un traitement éprouvé


Une fois le diagnostic clairement établi, l’allergologue peut proposer au patient une immunothérapie spécifique (ITS) nouvelle appellation de la désensibilisation. Le principe est simple : en administrant des doses croissantes de l’allergène responsable, on habitue progressivement l’organisme à y être exposé afin qu’il s’immunise de lui-même. Généralement, deux modes d’administration sont proposés : on peut soit injecter l’allergène par voie sous-cutanée (ITS), soit le déposer dans la bouche, comme un chocolat, en le laissant de une à deux minutes sous la langue (ITSI), explique le Dr Perrin. Le traitement s’effectue souvent en deux temps : il y a la phase initiale, au cours de laquelle les concentrations de l’extrait allergénique sont d’abord faibles, puis augmentent au fil des jours. Ensuite, il y a la phase d’entretien, où le médecin administre la dose maximale tolérée par le patient à intervalles réguliers. Ainsi, ce brave système immunitaire, s’il veut bien jouer le jeu, favorisera non pas le développement des IgE, mais plutôt celui d’autres classes d’immunoglobulines (IgG), qui inciteront le corps à tolérer ce qui était intolérable.



Contre-indications et effet secondaires


La durée du traitement varie d’un patient à l’autre. Elle doit tenir compte de l’ancienneté de l’allergie au moment où le traitement débute : en moyenne, celui-ci dure 3 ans, mais il n’est pas rare de le poursuivre, de façon espacée, pendant 5 à 10 ans, précise le Dr. Perrin. La contrainte vient de la motivation de la personne allergique et de sa prise de conscience de la duré du traitement; il faut qu’elle y adhère pleinement. En ce qui concerne les injections, elles doivent être administrées hebdomadairement, puis mensuellement. La voie sublinguale nécessite de la rigueur, mais elle n’exige pas qu’on consacre au traitement plus de trois minutes par jour de prise.

La désensibilisation est contre-indiquée dans le cas des maladies du système immunitaire, comme le VIH, ou dans le cas d’une femme enceinte ou d’un enfant de moins de cinq ans. Elle est aussi déconseillée quand on prend certains médicaments (pour soigner des maladies cardiovasculaires ou pour traiter le cancer, notamment). En ce qui concerne les effets secondaires, le Dr Perrin dit qu’ils sont bénins en TISL, bien que des crises d’asthme ou d’urticaire soient répertoriées. Dans le cas de l’ITTSI, ces mêmes réactions ne sont pas rares, mais elles sont de courte durée.

À quels résultats peut-on s’attendre?


Selon l’allergologue, la disparition complète de l’allergie est aussi utopique que le remplacement d’yeux bleus par des yeux marron. On naît et on meurt avec son terrain allergique, et on obtient de bons résultats dans le cas de 50 à 70% des personnes allergiques traitées. La réussite du traitement dépend de l’allergène, de la motivation de la personne soignée, des modifications qu’elle a bien voulu opérer dans sa vie quotidienne (aération, nettoyage régulier du logement, etc.) et de la réponse de son système immunitaire au traitement. Une désensibilision à vie n’est pas envisageable pour au moins deux raisons : les personnes ne tiendraient pas la cadence et, au bout d’un moment, il faut laisser l’organisme se débrouiller avec les outils mis à sa disposition, conclut le Dr Perrin.


Mythes ou réalités?


Chez les chiens
Contrairement à ce qui est véhiculé, il n’existe pas, au sens propre, de chiens hypoallergéniques. Toutes les races produisent sensiblement la même quantité de glycoprotéines Can f1, lesquelles sont responsables de l’apparition des allergies. Cependant, certaines races de chiens ne perdent que peu ou pas leurs poils, ce qui contribue à diminuer de façon significative la présence des allergènes dans l’environnement. On parle ici de caniche, du bichon, du coton de Tuléar, du Lhassa-Apso, du Shih-Tzu, du Yorkshire, du Bouvier des Flandres, du Schnauzer, du Terrier irlandais et, évidement, des chiens nus du Pérou et du Mexique. Par contre, si vous possédez un chien appartenant à l’une de ces races mais qu’il a un problème de peau (avec des squames – des peaux mortes – qui tombent), qu’il vous lèche sans arrêt, qu’il fait pipi ou qu’il se traîne les fesses sur le tapis, il se peut que vos symptômes d’allergies augmentent.

Chez les chats
Contrairement aux chiens, il n’existe pas encore de chats qui ne perdent pas leurs poils, mais les chats de race Rex ont peu de poils, et les chats Sphinx n’en ont pas du tout. Toutefois, les allergies ne sont pas qu’une question de poils et, comme tous les chats, ceux qui sont imberbes sécrètent, excrètent ou éliminent la glycoprotéine Fel d1.

Par contre, il y a de l’espoir pour les personnes qui sont très allergiques puisque la compagnie californienne Allerca a déniché, il y a quatre ans, trois chats qui produisaient une forme mutante de glycoprotéine. Il est donc possible de vous procurer des bêtes hypoallergéniques et garanties pour la modique somme de…800$ à 25 000$ canadiens! Mais sachez que, même si ces chats sont vendus avec une garantie d’un an, il n’y a toujours pas d’étude scientifique indépendante et sérieuse qui prouve qu’ils seront vraiment hypoallergéniques pour tout le monde. De plus, on soupçonne qu’il pourrait y avoir d’autre glycoprotéines que la Fel d1 qui seraient impliquées dans l’apparition des allergies.

Heureusement, il existe une race de chats qui coûte beaucoup moins cher et qui ne produit que peu ou pas de glycoprotéines Fed d1. Il s’agit du chat sibérien, originaire des forêts de Russie, qui a été officiellement reconnu comme chat hypoallergénique dans son pays d’origine en 1987 puis par l’Association féline canadienne (AFC) et la Fédération internationale féline d’Europe (FIFE) en 1997 et enfin par The International Cat Association (TICA) en 1998.


Vrai ou faux?


Un chat mâle est plus allergène qu’une femelle. (Vrai)
Les recherches ont démontré que la production de Fel d1 est hormonodépendante et que les chats mâles non castrés en sécrètent 33% de plus que les femelles. C’est pourquoi il est conseillé d’adopter une femelle ou de tout simplement faire stériliser votre matou pour réduire sa production de glycoprotéines.

De plus en plus de techniciens et vétérinaires savent comment gérer l’anxiété des chats, et cela passe invariablement par le temps. Plus le chat est anxieux, plus ils devraient prendre leur temps. Ils ne devraient pas forcer le chat à sortir du transporteur en l’extirpant de force de la cage, mais plutôt l’encourager à sortir ou simplement démonter la cage (d’où l’importance d’avoir une cage avec un couvercle amovible). Le but est d’éviter d’augmenter inutilement l’anxiété du chat.

Cependant, lors d’un examen ou d’une intervention, ils pourraient avoir à utiliser des techniques pour immobiliser votre chat. Ne soyez pas alarmé s’ils enveloppent votre chat d’une couverture. C’est la technique du «burrito »et, contrairement à ce que certains pourraient croire, bien appliquée, elle vise à apaiser le chat qui, se voyant incapable de bouger et de se défendre, passe en mode inertie et attend que ça se termine. Cette technique entraîne souvent une baisse radicale de l’anxiété chez la majorité des chats.


Même après plusieurs années, on peut devenir allergique à son propre chat. (Vrai)
Les substances allergènes peuvent s’accumuler dans l’environnement (par exemple dans un matelas) pendant plusieurs mois, voire quelques années. Lors des premiers contacts entre l’animal et son propriétaire, l’allergène pénètre par voie respiratoire et affaiblit le système immunitaire du sujet. Les contacts suivants sont responsables de l’apparition de symptômes plus ou moins graves. Il se peut donc que les manifestations allergiques surviennent bien après l’arrivée de l’animal, et il est parfaitement possible de devenir allergique à son chat ou à son chien longtemps après avoir fait son acquisition. Voilà pourquoi il est important de connaître vos antécédents familiaux en matière d’allergies.


La présence d’un chat peut aider à empêcher l’asthme. (Vrai)
La présence d’un chat à la maison peut réduire les risques de développer de l’asthme en modifiant la réponse immunitaire aux substances allergisantes que dégagent ces félins. Si les risques de développer une allergie ou de l’asthme augmentent à la suite d’une forte exposition à certains allergènes, comme les acariens, un haut niveau d’exposition aux substances allergènes félines peut avoir un caractère protecteur pour certains sujets. Une récente étude faisait état d’une réduction du risque d’allergie chez les enfants de sept ans qui avaient été exposés à des chiens ou à des chats au cours de leur première année de vie. Ces résultats laissaient donc entendre que le contact précoce avec des allergènes pouvait réduire le risque de développer ultérieurement une réaction allergique à ces substances.




Mythes ou réalités?


Je veux garder mon animal. Que faire?



La dernière solution à envisager pour résoudre un problème d’allergie est de se départir de son animal. Si vous êtes modérément allergique, vous pourriez bénéficier de la mise en application de quelques-uns des trucs suivants qui, utilisés séparément ou ensemble, réduiront sensiblement les effets néfastes des antigènes responsables de rhinite, conjonctivites ou autres manifestations cliniques dues aux allergies.

Lavez votre chat hebdomadairement et votre chien deux fois par semaine pour éliminer le maximum d’allergènes rattachés aux poils. Toutefois, il est important que vous utilisiez un shampooing spécialement adapté pour les lavages fréquents afin de ne pas trop assécher la peau de votre animal.

Rasez les poils de votre animal tous les deux mois pour réduire la quantité d’allergènes dans l’environnement.

Nettoyez et désinfectez la litière hebdomadairement.

Empêchez l’animal de se coucher dans votre lit ou sur les fauteuils.

Essuyez le poil de l’animal deux fois par semaine avec un linge humide.

Évitez de manipuler les bols de nourriture de l’animal.

Évitez de toucher l’animal et faites en sorte que celui-ci ne vous lèche pas.

Appliquez un produit de type Allerpet/C sur le poil de l’animal pour tenter de neutraliser les allergènes présents.

Brossez ou faites brosser votre animal quotidiennementmentBrossez ou faites brosser votre animal quotidienne.

Faites vider régulièrement les sacs anaux de votre animal.

Passez souvent l’aspirateur.

Utilisez à l’occasion des antihistaminiques pour réduire les symptômes d’allergie.

Aérez régulièrement les pièces.

Lavez et nettoyez souvent les coussins, les jouets ou les autres objets appartenant à l’animal.

Enlevez les moquettes, meubles capitonnés ou tapis qui peuvent retenir les poils pendant des mois.

Utilisez un purificateur d’air avec filtre HEPA.

Choisissez des vêtements en coton plutôt qu’en laine ou en polyester, qui retiennent davantage les poils, et lavez-les régulièrement.

Consultez votre médecin, et discutez avec lui de la possibilité de subir un traitement de désensibilisation aux allergènes félins.

Source : Magazine animal









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